Fraude fiscale : la grande évasion !

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©motttive/Shutterstock

Fraude fiscale : La grande évasion !

Il y a quelques jours, Bercy a terminé son analyse des Panama Papers,  une longue enquête menée à la suite de fuites et publiée en avril dernier par  le Consortium international des journalistes d’investigation ( CIJ). Ces contribuables sont soupçonnés d’avoir dissimulé de l’argent dans des paradis fiscaux en ayant fait appel à des sociétés-écrans mises en place par un cabinet d’avocat panaméen. Résultat : l’administration française va procéder à 560 contrôles fiscaux concernant des contribuables dont les noms sont apparus dans cette affaire. Ils vont s’ajouter aux 724 déjà menés ces dernières années en provenance du Panama qui ont permis au fisc de récupérer 1,2 milliard d’euros d’impôts et de pénalités. Un chiffre qui donne déjà le tournis. Il permettrait de décupler les repas servis chaque hiver par les restaus du coeur !

Et pourtant, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg…D’après les ONG qui se préoccupent des pertes d’argent public dues à l’évasion fiscale des multinationales américaines, rien que pour l’année 2012 – la dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles… –, entre 500 et 700 milliards de dollars de bénéfices de ces firmes ont échappé aux fiscs des différents pays où elles sont actives. Et ces dissimulations ne se limitent pas à d’exotiques républiques bananières, mais également à  des pays européens tout aussi fiscalement avantageux, comme la Suisse, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Irlande.

De courageux journalistes lèvent les lièvres

En 2001 déjà, la banque luxembourgeoise Clearstream était accusée par l’enquête de notre confrère le journaliste Denis Robert d’être une plate-forme mondiale de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent,. Plus de 60 procès ont été intentés à Denis Robert, ruinant sa vie et sa réputation. Au bout de 10 ans de procédure, la Cour française de cassation a reconnu la validité de sa démarche. Et Clearstream Banking n’a jamais été aussi prospère..

En 2014, le LuxLeaks, toujours mis en lumière grâce aux journalistes du CIJ,  révélait les pratiques d’évitement fiscal mises en œuvre par le  Grand-Duché du Luxembourg en faveur de 343 multinationales dont Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Ikea, Deutsche Bank, Disney ou Skype. Le Premier ministre de l’époque, Jean-Claude Juncker, fut sanctionné … en étant élu président de la Commission européenne ! Le seul volet judiciaire de ce scandale ne concerne que les trois personnes jugées en ce moment-même en appel par la justice luxembourgeoise pour avoir fait fuiter les documents ayant permis ces révélations…

Affaire UBS en Suisse, Offshore Leaks, China Leaks, listings d’HSBC, Football leaks, les scandales fiscaux éclatent, suivis de coups de mentons offensés de nos dirigeants, de droite comme de gauche, de déclarations fracassantes sur la mise à mort des listes noires des paradis fiscaux. Et ils se répètent inlassablement, ad nauseam, sans que les coupables soient sanctionnés.

Cerise sur le gâteau, courageusement levée par le journal en ligne Mediapart, l’affaire Cahuzac. Quand Jérôme Cahuzac, ancien Président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire à l’Assemblée nationale, puis ministre délégué chargé du Budget – chargé de la lutte contre les fraudeurs ! – est convaincu de blanchiment et de fraude fiscale via des comptes en Suisse et sur l’île de Man, il finit par démissionner. Il vient d’être condamné  à trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment. C’est une excellente nouvelle pour la démocratie, bien qu’il ait à nouveau fallu que des journalistes mouillent leur chemise pour porter ce scandale au grand jour. Et même s’il est ressorti libre du tribunal pour avoir fait appel de la sentence et s’il n’a été condamné qu’à 5 ans d’inéligibilité ! Mais le Premier Ministre qui l’a choisi et le Président de la république qui l’a accepté dans son gouvernement ne seront pas inquiétés une seconde pour leur impéritie…”Responsables mais pas coupables”, selon la formule magnifique de Georgina Dufoix, Ministre des affaires sociales lors de l’affaire du sang contaminé.

Ainsi, paru en 2008, mon roman policier Et ils règneront pour les siècles des siècles  (SOS paradis fiscaux) n’a jamais été autant d’actualité… Triste  témoignage de la corruption au plus haut niveau des dirigeants du monde, ceux là même qui donnent des leçons de morale et de probité à leurs concitoyens.

Heureusement, à l’image des personnages vertueux de ma fiction, les lanceurs d’alerte sont de plus en plus nombreux à se lever dans le monde et à dénoncer cette hypocrisie qui accentue toujours davantage les déséquilibres entre citoyens du monde.

Mon souhait le plus cher est ainsi de contribuer, à travers ces romans policiers que je souhaite distrayants, à éveiller les consciences de mes contemporains sur des problématiques dont les conséquences prévisibles sont édifiantes.

Ne comptons pas sur nos dirigeants pour porter leurs risques à la connaissance du public. « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés » disait Einstein. Ne cherchons pas pour autant à combattre ce Mal de façon frontale, cela n’aboutirait qu’à le nourrir et le renforcer.

Soyons simplement lucides et créatifs pour imaginer dans la joie des solutions nouvelles en vue d’un avenir meilleur.

Bernard Deloupy, décembre 2016

 

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