Emmanuel Macron et la colonisation : La vérité si je mens

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Emmanuel Macron et la colonisation : La vérité si je mens

 

Merci Monsieur Macron ! En traitant le 15 février depuis un plateau de télévision à Alger la colonisation française de « crime contre l’humanité », vous nous offrez l’occasion de rappeler ici des faits trop souvent glissés sous le tapis d’un révisionnisme issu de l’ignorance. En effet, comme l’immense majorité des Français à qui on ne l’a pas apprise à l’école, vous ne connaissez pas l’histoire de l’Algérie.

Alors, je vous propose un petit rappel historique et pédagogique. Il compensera en partie l’omerta de l’Éducation nationale. Et vous disposerez ainsi d’une grille de lecture plus complète, afin de mieux décrypter l’actualité qui nous concerne tous.

Une histoire très récente

L’identité algérienne n’a jamais existé avant 1830. De la Lybie au Maroc, les populations qui y vivaient, d’origine berbère, phénicienne puis romaine, étaient avant le 8ème siècle pour la plupart chrétiennes. Ce sont les nomades arabes venant du Moyen Orient qui ont envahi le Maghreb et converti de force, par le sabre, toutes ces populations. Puis les Turcs envahirent à leur tour le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en esclavage, les laissant se battre entre elles, prélevant de force la dîme et ne construisant rien volontairement. Les beys d’Alger dont le célèbre Barberousse se maintenaient par le fouet, la ruse et le trafic. Ceux de Constantine se vantaient pendant leur règne d’avoir fait trancher 12.000 têtes… Pendant des siècles, ils infesteront la Méditerranée de leur piraterie, arraisonnant les navires marchands, opérant des razzias sur les côtes européennes, pillant, détruisant et emmenant les populations, hommes, femmes et enfants en esclavage. Au 16e siècle, 30.000 esclaves chrétiens étaient maintenus enchaînés à Alger.

Une population multipliée par 12 en 130 ans

En débarquant à Sidi Ferruch en 1830, la France a chassé le colonisateur ottoman, détruit les repaires de pirates, libéré les esclaves, affranchi de son joug les tribus berbères et arabes. La population musulmane n’excédait pas 1 million d’habitants, vivant dans le dénuement, le manque d’eau potable, les maladies endémiques issues de marais putrides.

130 ans plus tard, elle avait bondi à 12 millions…

Entre-temps, les services de santé militaires avaient ouvert des centres de soins à la population civile et consultaient gratuitement. Ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations, faisant reculer la mortalité infantile. Par la suite, nombre de médecins en profession libérale consacreront d’ailleurs un jour par semaine à soigner gratuitement les populations indigènes dans les dispensaires. A partir du lendemain du second conflit mondial, 250.000 naissances annuelles étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans. A ce propos, relisons René Sédillot : « La colonisation française a poussé l’ingénuité – ou la maladresse – jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle… » (L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).

Alors, pourquoi une population multipliée par douze en 130 ans ?

La naissance d’un pays

– Parce que, entre-temps, la France avait unifié les tribus, tracé des frontières, créé une administration, drainé et asséché les marécages, fertilisé des terres majoritairement à l’abandon depuis des siècles, domestiqué les oueds, constitué des réserves d’eau, créé un réseau d’irrigation, stabilisé les sols, alimenté en eau potable la plupart des villes et villages, grâce à la construction de 12 barrages.

– Parce qu’elle avait fait passer une agriculture moyennâgeuse au rang d’industrie riche, prospère et exportatrice, telle que la plaine de la Mitidja, devenue le grenier à fruits et à légumes de l’Algérie.

– Parce qu’elle a créé des infrastructures : 70.000 km de routes ; 4.300 km de voies ferrées ; une dizaine de ports dont quatre équipés aux normes internationales ; deux aéroports internationaux et une douzaine d’aérodromes principaux ; des centaines d’ouvrages d’art, ponts, tunnels, viaducs, phares ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie ; des bureaux de poste dans tout le pays.

– Parce qu’elle a éduqué les populations grâce à des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16.000 enfants en  majorité musulmans étaient scolarisés. Et en 1960, 800.000 étaient éduqués par 17.000 instituteurs. Ce qui a fait dire à l’écrivain kabyle Belkacem Ibazizen : « La scolarisation française a fait faire aux arabes un bond de 1.000 ans ».

– Parce qu’elle soignait. En 1962, il y avait en Algérie : un hôpital universitaire de 2.000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.

– Parce qu’elle a administré le territoire en érigeant des milliers de bâtiments administratifs.

– Parce qu’elle a offert à l’Algérie, qui ne l’avait jamais possédé, le Sahara. Au fond duquel elle a découvert et mis en exploitation les prodigieuses sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse.

– Parce qu’elle a respecté la religion musulmane, ce que n’avaient pas fait les envahisseurs arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués.

En remettant les clés de l’Algérie à ses nouveaux dirigeants le jour de l’indépendance, la France leur a offert le second pays le plus moderne d’Afrique, après l’Afrique du Sud. Elle leur a offert des caisses pleines puisque, ce que la plupart des métropolitains ignorent, les comptes bancaires et l’épargne des caisses de retraite des pied-noirs ont été transférés aux nouvelles autorités, dans la plus stricte illégalité. Elle leur a offert la rente florissante du pétrole et du gaz. Elle leur a enfin offert des accords de coopération gratuite pour continuer à instruire et former les élites du pays, améliorer l’aménagement du territoire, moderniser le secteur public.

Ces faits avérés font l’objet d’un total consensus entre les historiens des deux rives de la Méditerranée.

« Crime contre l’humanité », un mensonge historique

Alors, assimiler la colonisation française en Algérie à un « crime contre l’humanité », concept forgé au procès de Nuremberg pour qualifier les exactions des nazis, est juridiquement erroné, historiquement mensonger, moralement insoutenable et politiquement scandaleux. D’ailleurs, Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :
« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse (…). En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) Le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ». Et j’ajouterai électoraliste. Car dans un pays où le communautarisme est tapi en embuscade, un candidat qui brigue la magistrature suprême eût été mieux inspiré de mettre davantage d’huile dans les rouages que sur le feu. Et de ne pas offrir de gages à un autre pays dont le pouvoir est prêt à instrumentaliser toute repentance pour obtenir plus de privilèges diplomatiques ou financiers.

Pardon à toutes les victimes

Car il est vrai que la colonisation a aussi connu son lot d’excès, d’humiliations de petits blancs, de comportements de racisme ordinaire, de tortures, de massacres comme à Sétif en 1945. Et pour cela, en tant que Français, je demande personnellement pardon à toutes ces victimes.

Mais je demande aussi pardon à toutes les victimes collatérales d’une indépendance bâclée dont nous aurions pu faire l’économie. Comme l’ont fait les anglais en Rhodésie par une transition en douceur vers l’indépendance, étalée sur plusieurs années. Nous serions probablement arrivés à des relations aussi pacifiées qu’avec le Maroc aujourd’hui.

Pardon au million de pied-noirs qui ont tout abandonné et fui le pays pour ne pas être égorgés. Pardon aux 150.000 harkis abandonnés, sauvagement torturés puis assassinés. Pardon aux milliers de pied-noirs tués ou disparus à Oran le 5 juillet 1962 sous les yeux de l’armée française, cantonnée dans ses casernes sur ordre du Président de la République. Pardon aux 200.000 algériens tués ensuite pour avoir refusé le parti unique du FLN.

Et je laisse aux dirigeants algériens d’hier et d’aujourd’hui, le soin de demander pardon à leur peuple. Pardon de s’être transformés en rentiers de l’indépendance ; d’avoir confisqué la manne du pétrole à leur seul profit, envoyant leurs enfants dans les écoles américaines et leur argent sur des comptes en Suisse ; d’avoir gelé les acquis de la colonisation en laissant les infrastructures s’écrouler faute d’entretien, les exploitations agricoles prospères se transformer en friches ; d’avoir laissé la condition de leurs femmes régresser lentement ; de n’avoir offert à leur jeunesse que la perspective de la misère ou de l’exil. Et d’avoir dissimulé leur incurie en invoquant l’héritage de la colonisation que les faits, têtus, s’évertuent à contredire.

Un débat indispensable pour tourner enfin la page.

Alors oui, au-delà de vos évidentes visées électoralistes, merci Monsieur Macron d’avoir suscité cette controverse dont vous vous seriez probablement bien passé. Comme un nécessaire travail de psychanalyse permet à un individu de faire revenir au niveau conscient les traumatismes enfouis, les non-dits qui le rongent, les fantasmes qui le trompent, la France ne doit plus faire l’économie de ce débat collectif.

Les plaies non refermées de la guerre d’Algérie sont un poison pour les cœurs et entretiennent un blocage durable de la société française. Elles nourrissent une rancœur et une nostalgie à l’extrême droite, tandis qu’elles entravent l’intégration des Français issus des anciennes colonies.

La France est encore malade de son passé. Elle doit parvenir à lire cette page avant de la tourner.

 

« La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée »   (Ferrat Abbas, leader nationaliste devenu le premier chef de l’état algérien en 1962 )

 

Bernard Deloupy, février 2017

 

En savoir plus :

« Algérie, l’histoire à l’endroit » par Bernard Lugan, historien africaniste

Pour le commander :     http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

 

Élection présidentielle : ce que les médias ne vous diront jamais !

Elections présidentielles

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Élection présidentielle : ce que les médias ne vous diront jamais !

Plus d’un million brut d’euros distribué en famille, vraisemblablement sans contrepartie de labeur, comme un vulgaire argent de poche versé à son insu par le contribuable… Et pourtant, si ce hold-up est moralement indéfendable, il est tout à fait légal. Une pratique qui se révèle commune à tout le microcosme politique. Car il y a fort à parier que la plupart des autres élus s’y sont allègrement adonnés de leur côté, dans le silence hypocrite des principaux médias. Alors, au-delà de l’évidente suspicion de lynchage médiatique lancé par des sympathisants du camp concurrent à quelques mois de l’élection, l’affaire Fillon est une poussée de fièvre médiatique qui révèle un mal beaucoup plus profond rongeant notre démocratie : Le système électoral. Pourquoi ?

Oublions un instant l’écran de fumée de la compétition des candidats en lice, faisons un pas de côté et analysons ce que cache le battage médiatique dont bénéficie l’élection présidentielle. Durant les prochains mois, on va nous servir jusqu’à la nausée la bouillie indigeste de fausses promesses  qui ne seront pas tenues, de programmes qui ne seront pas appliqués et d’effets de rhétorique qui ne convaincront que les clients des tribuns qui sollicitent nos suffrages. Tout cela au nom du sacro-saint exercice de démocratie que constitue l’élection au suffrage universel du premier magistrat de France.

Démocratie ? Voire. Tordons le cou une fois pour toutes au mythe qui nous aliène : En 1789, les pères fondateurs de la république française, bourgeois nourris de l’esprit du Siècle des Lumières, ont accompli une révolution. Un concept savoureux issu de l’astronomie, qui qualifie ainsi la course de la Terre autour du Soleil, c’est-à-dire un mouvement périodique qui revient à son point de départ… En effet, les constituants de 1789 se sont empressés d’enfiler les chaussons des aristocrates qu’ils avaient raccourcis. En créant le système de démocratie représentative basé sur l’élection de nos représentants – actuellement nos députés, sénateurs et Président de la République – ils ont donné à nos ancêtres l’illusion de prendre leur vie en mains.

Nous avons simplement changé de princes…

Les nouveaux aristocrates ont détourné le système électoral à leur profit

De fait, la vertueuse classe politique française censée nous représenter n’a eu de cesse que de se mettre à l’abri de nouveaux privilèges, tous plus indécents les uns que les autres. Avant de commencer à s’occuper du pays, et avec une touchante unanimité, nos parlementaires se sont auto-votés un régime en or, exorbitant au droit commun. Espérons que le PenelopeGate soit la goutte d’eau qui mette enfin le feu aux poudres et que l’exaspération des citoyens face à ce nouveau scandale ne retombe pas encore comme un soufflé.

  • Pour les députés : Indemnités de base, de logement, de fonction, de frais de mandat non imposables et sans avoir à fournir de justificatifs ! soit un véritable argent de poche ; supplément familial, cumul avec les indemnités d’autres mandats, rémunération et primes des collaborateurs, déplacements gratuits, prise en charge de tous leurs frais de bureaux sans justifier de leur contenu, généreuse enveloppe de parc informatique, restauration, double cotisation de retraite, allocation-chômage très avantageuse, Fonds de sécurité sociale spécifique, système de retraite propre abondé par un budget de l’Assemblé nationale …Puis d’autres avantages, plus ou moins secrets, encadrés et contrôlés, comme une « réserve parlementaire », dispositif particulièrement opaque dont le montant, l’utilisation et le contrôle sont partiellement flous. A quoi s’ajoutent des possibilités d’attribution de subventions à taux préférentiel. Et le tout, sans parler des facilités faites aux hauts fonctionnaires élus qui peuvent retrouver leurs corps d’origine à l’issue de leur mandat sans perdre leur droit à l’avancement, puis cumuler leurs retraites sans écrêtement.Bref, le budget de l’Assemblée nationale dépasse allègrement les 540 millions d’euros, soit l’équivalent du budget annuel consacré en France au sport, à la jeunesse et à la vie associative !
  • Pour les sénateurs qui, rappelons-le, ne sont pas élus par les électeurs, mais par les autres élus…, se rajoutent d’autres privilèges exorbitants : Des rémunérations encore beaucoup plus confortables et, au cas où ils ne soient plus réélus, des cotisations de retraite doublées , le train gratuit à vie et l’avion à 50%, ainsi que l’accès à vie au restaurant, à la buvette et au tabac gratuits du Palais du Luxembourg, l’un des clubs les plus sélects de Paris. François de Closet dans son ouvrage « toujours plus ! » citait même l’existence de primes d’allumage de réverbère et de nettoyage de pourpoints pour contrôle des égoûts qui dataient de… Philippe Le Bel ! Ancien Régime, pas mort, on vous dit. D’ailleurs, pourquoi se priver ? Serge Dassault, un sénateur qui a piétiné toutes les lois qu’il a votées sur le thème de la fiscalité en ayant omis de déclarer au fisc plusieurs dizaines de millions d’euros, vient d’être condamné à deux millions d’euros d’amende pour blanchiment de fraude fiscale et cinq ans d’inéligibilité, mais conserve son siège au Palais du Luxembourg, l’appel étant suspensif…
  • Enfin, le Président de la République n’est pas en reste. Si le fonctionnement de l’Élysée coûte déjà 100 millions d’euros par an, il se console en le quittant lorsque nous lui signifions son congé grâce à un traitement à vie, et des frais de bureaux et de sécurité qui coûtent encore au contribuable dix millions d’euros par an pour les trois présidents actuels.

La nuit du 4 Août 1789, les députés de l’Assemblée Constituante avaient voté l’abolition des privilèges féodaux. Visiblement, ils ont oublié d’en faire promulguer le décret d’application…

Ainsi, nous n’avons pas hérité du droit de choisir nos dirigeants, mais simplement de désigner nos nouveaux maîtres parmi ceux qu’une corporation au-dessus des lois s’est arrogée le pouvoir de choisir.

Ils sont les aristocrates des temps modernes. Nos petits marquis ont troqué le carrosse pour la limousine de fonction et la perruque poudrée pour le costume-cravate. Mais les ors des palais nationaux, les huissiers à chaîne et les privilèges sont identiques.

Et pourtant, curieusement, moins ils ont de travail, plus ils sont nombreux. Plus de 95% du budget de la France est déjà consacré au respect de nos engagements internationaux – CEE, OMC, ONU, OTAN, traités bilatéraux – et au remboursement de la dette. La marge de manœuvre de nos dirigeants et leur capacité d’influer sur notre destin se sont donc réduites comme une peau de chagrin. De plus, les compétences législatives et réglementaires ont été largement transférées à l’Europe. Et pourtant, rapporté au nombre d’habitants, nous comptons 6 fois plus de parlementaires que l’Allemagne et 10 fois plus que les Etats-Unis.

Cette pléthore de représentants nous permettrait-elle pour autant d’être mieux gouvernés ? Que nenni ! La réponse, sans appel, c’est l’OCDE qui vient de nous l’apporter : 57% du Produit Intérieur Brut de la France est grevé par les dépenses publiques ! soit 13% de plus que l’Allemagne, qui évolue dans la même zone euro, a dû digérer le coût de la réunification et où règne le plein-emploi. En cause ? Nos élus qui se sont partagés le pouvoir depuis soixante ans se sont avérés de piètres gestionnaires. Davantage mus par le désir de s’accrocher au pouvoir que par le courage de mener les réformes nécessaires que le pays exige, ils se sont contentés de réescompter la traite et de creuser le déficit.

Autrement dit, qui paie en fin de mois les traitements de nos policiers, de nos enseignants et de nos infirmières ? Les fonds de pension étrangers qui achètent notre dette, c’est-à-dire les économies des fermiers du Middle-West et des employés de bureau de New-York !

Et à qui ces derniers présenteront-ils la facture un jour ? A nous, citoyens. Ou pire à nos enfants qui nous en voudront alors, à juste titre, d’avoir vécu à crédit sur leur dos !

Hold-up électoral et déni démocratique

La gamelle est bonne et les ors du pouvoir séduisants. Conséquence : au lieu d’agir en locataires de leur mandat, nos élus nationaux s’en considèrent majoritairement propriétaires et plantent donc des barrières autour de leur pré carré.

Tous les moyens sont bons : Institution d’un suffrage majoritaire à deux tours, invention des partis qui ne sont que des machines à élire, tripatouillage des découpages de circonscriptions électorales à la veille des échéances, cumul effectif des mandats, possibilités de renouvellement, impunité judiciaire, et maintenant escroquerie des primaires où même les électeurs d’un autre camp peuvent s’exprimer.

Et surtout, l’ultime confiscation démocratique : l’assimilation des votes blancs à des abstentions. Il ne faudrait surtout pas que la désaffection des électeurs pour la classe politique tout entière apparaisse au grand jour…

Cette farce aboutit à ne nous laisser que l’alternative de choisir entre deux écuries.

Cliver les Français en deux, quelle meilleure façon de « diviser pour régner », comme le prévoyait Machiavel, le premier politologue enseigné à l’ENA ? La gifle la plus manifeste à la démocratie est la représentation parlementaire du FN : le premier parti de France avec 28% des suffrages exprimés aux régionales 2015 ne dispose que de 0,5% des sièges au Sénat (2 sur 348) et 0,3% à l’Assemblée Nationale (2 sur 577). Une imposture flagrante qui attise les braises. Soyons clairs : Je n’ai jamais voté Front National, mais je rejoins ici Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous dites, mais je ferai tout pour que vous ayez le droit de le dire ».

Coup d’état permanent ou dictature insidieuse ?

Et ces bénéficiaires d’une alternance artificielle, jamais inquiétés par les rapports pourtant remarquables de la Cour des Comptes ou la farce de la Haute Cour de Justice censée juger leurs turpitudes, ont prévu une cerise sur le gâteau qu’ils se partagent :

Le pré-requis du parrainage de signatures d’élus nécessaires pour pouvoir se déclarer officiellement candidat à la présidentielle.

Lorsque j’étais nourrisson, un homme pouvait monter sur un tonneau dans une rue parisienne, haranguer les passants et briguer nos suffrages.  Institué par la Vème République, cette règle a été dopée avec la candidature de Coluche. Lorsque l’humoriste préféré des français a atteint 15% d’intentions de vote, l’oligarchie en place s’est empressée de monter le nombre des signatures à 150. Et elle l’a encore monté depuis pour atteindre 500, comme autant de barrières à l’intrusion d’électrons libres dans le cénacle, privant ainsi les citoyens de leur capacité de choix.

Si au moins ces élus étaient socialement représentatifs de l’électorat…

Mais c’est loin d’être le cas. Les fonctionnaires y sont sur-représentés à l’excès, protégés, en cas de défaite,  par la capacité de retour dans leur corps d’origine en ayant conservé leurs avantages. On y cherchera en vain un pourcentage significatif de professions libérales, de cadres, d’employés, de travailleurs indépendants, d’ouvriers, de paysans, de femmes au foyer, de patrons de très petites entreprises, voire de chômeurs malgré eux pour qu’elle soit un échantillon réel de la représentation nationale. Leurs privilèges et les courtisans qui se disputent leurs faveurs les coupent et les éloignent de ceux dont ils sont supposés défendre les interêts : Toute cette France qui se lève tôt, connaît le prix d’un ticket de métro, sait gérer un budget équilibré, satisfaire un client, a connu au moins une injonction de payer du RSI et tremble pour l’avenir de ses enfants…

Enfin, nous subissons la double peine. Pour nous donner l’illusion de leur nécessité, l’oligarchie ne cesse de légiférer et de réglementer, ajoutant ainsi  à un mille-feuilles administratif pléthorique et indigeste, sans rien supprimer. Et entravant chaque jour davantage la vie des seuls créateurs de valeur ajoutée, les entrepreneurs.

Si au moins les politiciens, candidats à la présidentielle qui s’annonce, jouaient leur véritable rôle, comme les rétheurs athéniens qui les ont précédés il y a 2500 ans… S’ils nous inspiraient, nous faisaient rêver, nous insufflaient des valeurs, nous faisaient vibrer pour un projet qui nous dépasse…

Las, lors de ces débats télévisés interminables, je n’entends que des épiciers rances, des boutiquiers inodores, des batailles de chiffres insipides et des saupoudrages de promesses pathétiques.

J’attendais Victor Hugo, je n’ai eu droit qu’à Guy des cars…

Attention, danger de fronde

Moralité, le citoyen se sent dépossédé de son principal acquis démocratique : la liberté de choisir ses représentants. Quand il en est réduit à devoir voter contre et non pas pour un candidat, il se demande pourquoi ses ancêtres se sont fait tuer sur des barricades.

Alors quand, par le jeu des abstentions, un candidat n’est plus élu que par 12% de la population en moyenne, ou qu’un Président de la République dégringole à 3% des suffrages, la légitimité issue des urnes vole en éclat. Ce n’est plus du désamour, c’est de la désillusion. Et ce pouvoir des urnes confisqué, cette parole qui a été ôtée au peuple est grosse de dérives, sur le mode du « Un pour tous, tous pourris ». Comme un fleuve trop endigué, l’énergie des électeurs risque de déborder. Si la masse des citoyens n’était pas contrainte par les impératifs économique de joindre les deux bouts à la fin du mois, les initiatives des manifestations-fleuves, des « bonnets rouges », des « indignés », des « insoumis » et autres « nuits debout » auraient dégénéré depuis longtemps. 90% des citoyens interrogés en Europe pensent que ça ne va pas durer. Et face à cette tragédie annoncée, cette mécanique à générer du malheur qu’est le mode de scrutin actuel, la caste qui nous dirige fait comme si rien n’était, accrochée le plus longtemps possible à ses privilèges.

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions douces !

La vraie démocratie ne peut être que directe

« En chérissant le système électoral actuel, nous adorons comme une vache sacrée la cause première des conséquences que nous déplorons, celles de notre impuissance politique » prévient Étienne Chouard, professeur d’économie, blogueur très influent et fondateur des « ateliers constituants ». Sa thèse suscite les polémiques, mais elle a le mérite de proposer une alternative et il est regrettable, voire suspect, que les médias « mainstream » ne l’invitent pas davantage à l’exprimer pour engager un salutaire débat contradictoire. Laissant à Internet le rôle de seul espace de véritable débat démocratique.

A ses yeux, la démocratie représentative est un oxymore, une figure de style qui rapproche deux termes inconciliables. Et tous les historiens et les politologues s’accorderaient à dire que la seule procédure réellement démocratique est le tirage au sort. Il appelle donc à remplacer le système électoral actuel par la formation d’une assemblée constituante tirée au sort, dont le but serait de rédiger une constitution alternative.

Ainsi que le montre le magnifique film « Demain » de Mélanie Laurent et Cyril Dion, le peuple islandais l’a mis en œuvre, après avoir poussé pacifiquement à la démission son Premier Ministre et le Président de la Banque centrale.

Sentant monter l’exaspération citoyenne, le candidat Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte ce principe d’une VIe république. Mais je n’arrive pas à croire aux accents de sincérité de ce roi de l’opportunisme démagogique. Son statut-même de sénateur, louvoyant par essence dans le confort du marigot politique, le décrédibilise déjà.

L’idée de Chouard est que chaque citoyen désigne librement trois personnes de son entourage, qu’il estime dignes de le représenter. Ceci aboutirait à un collège d’un ou deux millions de personnes parmi lesquelles serait effectué un tirage au sort.

Ensuite, un certain nombre de mesures électorales pourraient être intégrées :  Casier judiciaire vierge pour les candidats, vote obligatoire pris sur le temps de travail, avec carotte et bâton, inéligibilité à vie pour les élus condamnés, non-cumul réel des mandats à la place de la farce actuelle, vote blanc comptant comme un vrai vote avec possibilité d’éviction des candidats, non-renouvellement d’un mandat pour faciliter la rotation des charges et un apport de sang neuf dans la classe politique, démission des fonctionnaires de leur corps d’origine lorsqu’ils sont élus, alignement complet sur le droit commun du chômage et des retraites, interdiction des parachutages dans les élections locales et régionales, exigence de réelle transparence dans la gestion avec des pouvoirs réels donnés aux rapports de la Cour des Comptes etc…

Le contrôle des dirigeants ne peut être que citoyen

« Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » énonçait Montesquieu dans son premier article de « L’esprit des lois ». On ne peut déléguer la surveillance des règles à ceux qui les édictent, c’est une simple question de bon sens. Il appartient donc aux citoyens, et à eux seuls, de prévoir les garde-fous et d’exercer le contrôle de leurs représentants. Avec reddition des comptes pendant et après un mandat, assortie d’une possibilité de punir. Au nom de quoi ce qui est exigé d’un entrepreneur ou d’un chef de famille ne le serait plus de nos représentants ?

L’exemple n’est pas la meilleure façon d’être respecté. C’est la seule.

Ils nous ont enterrés, mais nous sommes des graines

Avez vous remarqué que plus les citoyens se désintéressent des élections, plus les médias mainstream y consacrent de temps ? Comme s’ils se raccrochaient désespérément à un système auquel ils participent… Combien de micros sont-ils tendus aux candidats isolés ? Combien de caméras fixent-elles les innombrables initiatives citoyennes sur la réforme du système électoral ? Foisonnantes, parfois brouillonnes, souvent utopiques,  toujours isolées mais pleines de bonne volonté, elles restent inaudibles, faute de couverture médiatique. Alors que les candidats issus du sérail nous abreuvent à longueur de colonnes et de temps d’antennes de leurs discours ressassés, nourris par une dialectique éventée, peinant à dissimuler leur Ego sous des accents d’altérité bien peu convaincants. La fracture avec la société 3.0 est criante. Empruntant ses codes et ses canaux d’information à la génération Y, elle est agile, réactive, ouverte sur le monde, informée, davantage intéressée par demain que par hier, critique par essence, incrédule par nécessité, iconoclaste par pragmatisme. Et elle range au rayon des antiquités ceux qui lui apparaissent comme d’étranges fossiles…

L’heure est pourtant grave : Plusieurs échéances électorales majeures auront lieu en Europe en 2017. Et les leaders populistes surfent sur la vague du mécontentement des citoyens dépossédés de leur droit de vote par une oligarchie de privilégiés.

Heureusement, grâce à ce salutaire espace de liberté qu’est Internet, nous avons le pouvoir de nous regrouper et de faire pression sur les candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils s’engagent à organiser dès leur arrivée au pouvoir  un  référendum d’initiative citoyenne sur ce sujet au cœur de notre vie. Alors, aux armes (pacifiques), citoyens !

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés » disait Einstein. Ne cherchons pas pour autant à combattre ce Mal de façon frontale, cela n’aboutirait qu’à le nourrir et le renforcer. Soyons simplement lucides et créatifs pour imaginer dans la joie des solutions nouvelles en vue d’un avenir meilleur.

Bernard Deloupy, Février 2017

En savoir plus sur l’initiative citoyenne « Convention pour la 6e République »