Emmanuel Macron et la colonisation : La vérité si je mens

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Emmanuel Macron et la colonisation : La vérité si je mens

 

Merci Monsieur Macron ! En traitant le 15 février depuis un plateau de télévision à Alger la colonisation française de « crime contre l’humanité », vous nous offrez l’occasion de rappeler ici des faits trop souvent glissés sous le tapis d’un révisionnisme issu de l’ignorance. En effet, comme l’immense majorité des Français à qui on ne l’a pas apprise à l’école, vous ne connaissez pas l’histoire de l’Algérie.

Alors, je vous propose un petit rappel historique et pédagogique. Il compensera en partie l’omerta de l’Éducation nationale. Et vous disposerez ainsi d’une grille de lecture plus complète, afin de mieux décrypter l’actualité qui nous concerne tous.

Une histoire très récente

L’identité algérienne n’a jamais existé avant 1830. De la Lybie au Maroc, les populations qui y vivaient, d’origine berbère, phénicienne puis romaine, étaient avant le 8ème siècle pour la plupart chrétiennes. Ce sont les nomades arabes venant du Moyen Orient qui ont envahi le Maghreb et converti de force, par le sabre, toutes ces populations. Puis les Turcs envahirent à leur tour le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en esclavage, les laissant se battre entre elles, prélevant de force la dîme et ne construisant rien volontairement. Les beys d’Alger dont le célèbre Barberousse se maintenaient par le fouet, la ruse et le trafic. Ceux de Constantine se vantaient pendant leur règne d’avoir fait trancher 12.000 têtes… Pendant des siècles, ils infesteront la Méditerranée de leur piraterie, arraisonnant les navires marchands, opérant des razzias sur les côtes européennes, pillant, détruisant et emmenant les populations, hommes, femmes et enfants en esclavage. Au 16e siècle, 30.000 esclaves chrétiens étaient maintenus enchaînés à Alger.

Une population multipliée par 12 en 130 ans

En débarquant à Sidi Ferruch en 1830, la France a chassé le colonisateur ottoman, détruit les repaires de pirates, libéré les esclaves, affranchi de son joug les tribus berbères et arabes. La population musulmane n’excédait pas 1 million d’habitants, vivant dans le dénuement, le manque d’eau potable, les maladies endémiques issues de marais putrides.

130 ans plus tard, elle avait bondi à 12 millions…

Entre-temps, les services de santé militaires avaient ouvert des centres de soins à la population civile et consultaient gratuitement. Ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations, faisant reculer la mortalité infantile. Par la suite, nombre de médecins en profession libérale consacreront d’ailleurs un jour par semaine à soigner gratuitement les populations indigènes dans les dispensaires. A partir du lendemain du second conflit mondial, 250.000 naissances annuelles étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans. A ce propos, relisons René Sédillot : « La colonisation française a poussé l’ingénuité – ou la maladresse – jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle… » (L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).

Alors, pourquoi une population multipliée par douze en 130 ans ?

La naissance d’un pays

– Parce que, entre-temps, la France avait unifié les tribus, tracé des frontières, créé une administration, drainé et asséché les marécages, fertilisé des terres majoritairement à l’abandon depuis des siècles, domestiqué les oueds, constitué des réserves d’eau, créé un réseau d’irrigation, stabilisé les sols, alimenté en eau potable la plupart des villes et villages, grâce à la construction de 12 barrages.

– Parce qu’elle avait fait passer une agriculture moyennâgeuse au rang d’industrie riche, prospère et exportatrice, telle que la plaine de la Mitidja, devenue le grenier à fruits et à légumes de l’Algérie.

– Parce qu’elle a créé des infrastructures : 70.000 km de routes ; 4.300 km de voies ferrées ; une dizaine de ports dont quatre équipés aux normes internationales ; deux aéroports internationaux et une douzaine d’aérodromes principaux ; des centaines d’ouvrages d’art, ponts, tunnels, viaducs, phares ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie ; des bureaux de poste dans tout le pays.

– Parce qu’elle a éduqué les populations grâce à des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16.000 enfants en  majorité musulmans étaient scolarisés. Et en 1960, 800.000 étaient éduqués par 17.000 instituteurs. Ce qui a fait dire à l’écrivain kabyle Belkacem Ibazizen : « La scolarisation française a fait faire aux arabes un bond de 1.000 ans ».

– Parce qu’elle soignait. En 1962, il y avait en Algérie : un hôpital universitaire de 2.000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.

– Parce qu’elle a administré le territoire en érigeant des milliers de bâtiments administratifs.

– Parce qu’elle a offert à l’Algérie, qui ne l’avait jamais possédé, le Sahara. Au fond duquel elle a découvert et mis en exploitation les prodigieuses sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse.

– Parce qu’elle a respecté la religion musulmane, ce que n’avaient pas fait les envahisseurs arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués.

En remettant les clés de l’Algérie à ses nouveaux dirigeants le jour de l’indépendance, la France leur a offert le second pays le plus moderne d’Afrique, après l’Afrique du Sud. Elle leur a offert des caisses pleines puisque, ce que la plupart des métropolitains ignorent, les comptes bancaires et l’épargne des caisses de retraite des pied-noirs ont été transférés aux nouvelles autorités, dans la plus stricte illégalité. Elle leur a offert la rente florissante du pétrole et du gaz. Elle leur a enfin offert des accords de coopération gratuite pour continuer à instruire et former les élites du pays, améliorer l’aménagement du territoire, moderniser le secteur public.

Ces faits avérés font l’objet d’un total consensus entre les historiens des deux rives de la Méditerranée.

« Crime contre l’humanité », un mensonge historique

Alors, assimiler la colonisation française en Algérie à un « crime contre l’humanité », concept forgé au procès de Nuremberg pour qualifier les exactions des nazis, est juridiquement erroné, historiquement mensonger, moralement insoutenable et politiquement scandaleux. D’ailleurs, Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :
« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse (…). En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) Le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ». Et j’ajouterai électoraliste. Car dans un pays où le communautarisme est tapi en embuscade, un candidat qui brigue la magistrature suprême eût été mieux inspiré de mettre davantage d’huile dans les rouages que sur le feu. Et de ne pas offrir de gages à un autre pays dont le pouvoir est prêt à instrumentaliser toute repentance pour obtenir plus de privilèges diplomatiques ou financiers.

Pardon à toutes les victimes

Car il est vrai que la colonisation a aussi connu son lot d’excès, d’humiliations de petits blancs, de comportements de racisme ordinaire, de tortures, de massacres comme à Sétif en 1945. Et pour cela, en tant que Français, je demande personnellement pardon à toutes ces victimes.

Mais je demande aussi pardon à toutes les victimes collatérales d’une indépendance bâclée dont nous aurions pu faire l’économie. Comme l’ont fait les anglais en Rhodésie par une transition en douceur vers l’indépendance, étalée sur plusieurs années. Nous serions probablement arrivés à des relations aussi pacifiées qu’avec le Maroc aujourd’hui.

Pardon au million de pied-noirs qui ont tout abandonné et fui le pays pour ne pas être égorgés. Pardon aux 150.000 harkis abandonnés, sauvagement torturés puis assassinés. Pardon aux milliers de pied-noirs tués ou disparus à Oran le 5 juillet 1962 sous les yeux de l’armée française, cantonnée dans ses casernes sur ordre du Président de la République. Pardon aux 200.000 algériens tués ensuite pour avoir refusé le parti unique du FLN.

Et je laisse aux dirigeants algériens d’hier et d’aujourd’hui, le soin de demander pardon à leur peuple. Pardon de s’être transformés en rentiers de l’indépendance ; d’avoir confisqué la manne du pétrole à leur seul profit, envoyant leurs enfants dans les écoles américaines et leur argent sur des comptes en Suisse ; d’avoir gelé les acquis de la colonisation en laissant les infrastructures s’écrouler faute d’entretien, les exploitations agricoles prospères se transformer en friches ; d’avoir laissé la condition de leurs femmes régresser lentement ; de n’avoir offert à leur jeunesse que la perspective de la misère ou de l’exil. Et d’avoir dissimulé leur incurie en invoquant l’héritage de la colonisation que les faits, têtus, s’évertuent à contredire.

Un débat indispensable pour tourner enfin la page.

Alors oui, au-delà de vos évidentes visées électoralistes, merci Monsieur Macron d’avoir suscité cette controverse dont vous vous seriez probablement bien passé. Comme un nécessaire travail de psychanalyse permet à un individu de faire revenir au niveau conscient les traumatismes enfouis, les non-dits qui le rongent, les fantasmes qui le trompent, la France ne doit plus faire l’économie de ce débat collectif.

Les plaies non refermées de la guerre d’Algérie sont un poison pour les cœurs et entretiennent un blocage durable de la société française. Elles nourrissent une rancœur et une nostalgie à l’extrême droite, tandis qu’elles entravent l’intégration des Français issus des anciennes colonies.

La France est encore malade de son passé. Elle doit parvenir à lire cette page avant de la tourner.

 

« La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée »   (Ferrat Abbas, leader nationaliste devenu le premier chef de l’état algérien en 1962 )

 

Bernard Deloupy, février 2017

 

En savoir plus :

« Algérie, l’histoire à l’endroit » par Bernard Lugan, historien africaniste

Pour le commander :     http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

 

2 commentaires sur « Emmanuel Macron et la colonisation : La vérité si je mens »

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